LA PRESSE - Vendredi 20 mai 2005
Arts plastiques
A la galerie Le Patio
Les pourquoi de Nadia Zouari
Cela a probablement commencé comme un jeu de la vérité.
Pourquoi ? a dû se demander Nadia Zouari un jour de doute, un jour de rêve, un jour de jeu ou tout simplement un jour comme les autres. S'est-elle demandée pourquoi elle peignait ? Ou plus particulièrement pourquoi elle avait choisi tel thème, telle couleur, telle matière ?
Le fait est que ce qui avait peut-être commencé comme un jeu est devenu une profession de foi, une profession de vie, une profession d'espoir.
Car Nadia Zouari a toutes les bonnes réponses : parce que «s'il arrive de se perdre», c'est qu'«il y a des enchevêtrements», mais, bien sûr, «il y a des évidences». Parce que si «on n'est pas transparent», «il faut percer le mystère». Parce que, bien sûr, «on peut être survolté», mais si «les éclairs électrisent», «les tornades n'emportent pas tout». Parce que si «on accuse», «on juge», et, bien sûr, «on pardonne». Parce qu'enfin «on peut rêver», «il faut aller de l'avant», et «trouver sa voie».
Et que si une question suggère autant de réponses, vous pouvez croire Nadia Zouari : quand elle affirme qu'«une seule réponse suggère une multitude de questions».
Sa réponse à elle est évidente : la peinture explique tout, et si elle ne le fait pas, ce n'est pas la peine d'essayer de comprendre.
Car cette jeune femme limpide ne se départit jamais d'une calme assurance : celle de ceux qui savent qu'il faut chercher, sans forcément trouver.
Et que la quête est plus importante que le résultat.
D?exposition en exposition, le parcours de Nadia Zouari est d'une belle cohérence.
Dans son univers, depuis toujours, l'être humain est essentiel. Et s'il lui arrive de se désincarner, de se styliser, de s'effacer, il y a toujours sa trace, son ombre, son reflet.
Dans ses toiles où la matière se fait dense tout en restant légère, où la couleur se fait fulgurance et effervescence, seules se délient les silhouettes, évanescentes, lumineuses, ombres de l'ombre qui résistent à l'abstraction et s'ancrent à la structure du tableau.
Elles sont la résistance à la tentation, mais aussi l'expression de l'émotion, de la sensibilité, de cette vibration particulière qui fait Nadia Zouari différente peut-être.
C'est avec beaucoup de légèreté, de luminosité et d'élégance qu'elle a investi le double espace de la galerie Le Patio.
Et l'espace qu'elle habite le lui rend bien, lui offrant une luminosité qui sied à ses toiles.
A.H.